Comment mettre le Digital au service du Learning (3) ?

  Jerome Bocquet
  24 octobre 2016

Cet article est le troisième d’une série sur les 5 chantiers de la transformation de la formation.

Après avoir envisagé les fondations d’une pratique pédagogique performante (articles 1 et 2), nous allons maintenant aborder le chantier 2, à savoir comment exploiter les possibilités du digital learning dans un parcours de formation. C’est à dire mettre le digital learning au service du learning et pas l’inverse.

Qui suis-je pour parler du digital : je suis un Geekus Prime, qui joue à de nombreux jeux et au jeu vidéo depuis des siècles, qui possède un compte Steam depuis le début de Valve, qui utilise le digital en formation depuis des années, qui se forme avec les moocs, les tutos, les cours en ligne, les réseaux,…  qui utilise un LCMS (e-doceo), qui a un compte Kindle fourni, qui participe à des Meetups, qui a créé son premier serious game en 1997, qui intervient sur la gamification pédagogique (pas les badges), qui pilote des projets faisant intervenir des modalités digitales, qui accompagne des Directions Formation dans la transformation …

… et je ne confonds jamais ce que j’aime avec ce qui est utile pour les participants, et ce qui est nouveau avec ce qui est nécessaire pour l’efficacité d’un parcours de formation.

Au milieu du bruit ambiant et de l’infobésité sur le digital learning, je vous propose donc ma vision en tant que praticien de la formation et designer pédagogique pour de nombreux clients.

S’il est compliqué de gérer des données, accompagner des humains est vraiment complexe, et il ne suffit pas de proposer que des modalités digitales pour y parvenir. En bouleversant certaines habitudes, le digital est un vrai changement pour les acteurs de la formation en présentiel, mais l’arrivée du digital dans le learning doit aussi être un vrai changement pour les acteurs du digital.

En intégrant le numérique dans les parcours de formation, et même si digitaliser toute la formation est à la mode, le digital learning est ainsi une nouvelle modalité, mais non pas une finalité.

La méthode Assimil pour apprendre une langue existe depuis 1929, les vidéos de formation sont disponibles depuis des décennies. Ce qui change aujourd’hui, c’est la facilité pour les produire (webcam, smartphone), pour les diffuser (YouTube, plateforme dédiée), pour le transmettre (4G, WiFi, fibre, ADSL …) et pour les regarder (pc, smartphone et tablette)

Avec le mobile learning, le social learning, le microbyte learning, ce miracle annoncé de l’autoformation, nous sommes entrés dans l’âge des promesses miraculeuses qui désolent les vrais experts du digital learning. C’est l’âge du « N’Importe Quoi Learning » : un outil, une méthode, un principe soi-disant formidable mêlant digital et neurosciences destiné à révolutionner la formation, alors qu’il ne s’agit que d’une modalité de plus à utiliser.

Après la mode de l’entreprise libérée, c’est maintenant le tour de la mode de la formation libérée, avec la fin du présentiel et des formateurs, un monde libre où des super-participants évoluent à leur guise. Si c’est pour être libéré des managers qui ne managent pas et des formateurs qui débitent du contenu et du slide, alors je dis oui ! Dans le probable cas contraire, et comme apprendre à apprendre est une compétence qui s’apprend et pas uniquement dans le numérique, cela risque surtout de créer de nouveaux problèmes. Sans bien entendu résoudre les anciens, comme par exemple réussir à développer les compétences de tout le monde et pas uniquement celles de sur-diplômés qui imaginent que savoir est suffisant.

L’objet de ces articles n’est pas de revenir sur les avantages, limites, rêves, … du digital learning  mais de bien formaliser comment bien utiliser les possibilités offertes par le digital dans un parcours de formation

Nous nous focaliserons tout d’abord sur la complémentarité entre le direct (en salle ou via une classe virtuelle) et le différé (tutoriels, parcours individuels, applications smartphone, moocs, serious games…). J’aborderai plus en détail le digital dans le présentiel dans un autre article.

Dans tous changements, il existe 4 grandes façons de réagir, et je vous propose de les aborder l’une après l’autre. Il faut d’abord sortir du déni est regardant la réalité (pas celle présentée par ceux qui ont à perdre ou à gagner) et le futur proche (ce qui s’annonce)

1) Sortir du déni (le passé qui est connu)courbe-changement

Être en déni, c’est faire comme si la transformation n’existait pas, comme si elle n’impactait pas la formation (« Il y aura toujours besoin de se voir »), comme si on n’était pas touché (« Mon sujet ne sera pas touché car … »), comme si il suffisait d’attendre pour que l’état précédent revienne (« C’est une mode qui va passer ») …

Or le digital est là, il est partout autour de nous, sur nos smartphones, dans nos tablettes … il remet en question tous les modèles de formation, et surtout fait briller les yeux de ceux qui ne connaissent pas la pédagogie et qui pensent encore qu’il suffit de montrer de façon attrayante un contenu pour former …

Pour rappel, dans les années 2000, le tout e-learning s’est écroulé en impactant les autres modalités ! Si les experts de la pédagogie laissent le digital learning uniquement entre les mains des commerciaux, ingénieurs et développeurs, il y a réellement un risque majeur que le même effondrement se produise, alors même que le digital est un vrai plus quand il est correctement utilisé.

Toutefois,  ce n’est pas parce que le digital learning existe, qu’il est la solution à tout et qu’il remplace tout :

  • Proposer 30 vidéos en ligne est aussi peu efficace que de faire un film de formation de 3 heures, de faire un quiz de 50 questions ou de présenter 200 slides ;
  • On ne progresse pas en jouant à un serious game, on vit une expérience ludique qui doit être explicitée, capitalisée et transférée dans la réalité pour devenir une compétence ;
  • Ce n’est pas parce que je participe un mooc et que je clique que je deviens compétent. En fait, c’est l’inverse, cela peut me donner l’illusion de maîtriser sans prendre la peine de pratiquer si j’ai suffisamment de bonnes réponses ;
  • on n’apprend pas en étant spectateur, on ne retient que de vagues notions.

Donc, il faut envisager les nouvelles possibilités que le Digital met à notre disposition, que ce soit en présentiel ou à distance, en direct (synchrone) ou en différé (asynchrone) :

  • Il complète le présentiel en proposant des actions de préparation (avant) et de réactivation et d’approfondissement (après la formation)
  • Il enrichit le présentiel par des activités (quiz varié, nuage de mots, jeux de réveil, activités alliant plusieurs médias …) ou des modalités (poser une question à l’animateur, faire des recherches en temps réel, …)
  • Il permet de se former en dehors de séquences présentielles classiques (atawad : any time, any where, any device)
  • Il permet d’utiliser le temps en présentiel pour les sujets ou les séquences importants (en mode classe inversée : donner  l’information avant pour se focaliser sur la pratique et les échanges)
  • Il permet d’informer (et non de former) sur des sujets qui ne méritent pas toujours d’investir du temps pour aller en présentiel (les évolutions d’un produit, de l’information, …)
  • Il permet de toucher des personnes qui ne peuvent pas se déplacer (c’est quelquefois mieux que rien)
  • Il permet de se réunir sans avoir à se déplacer (webinaire, classes virtuelles …)

Mais, rappelons-le, ce n’est pas parce que le digital existe, qu’il faut absolument tout chambouler.

C’est pourquoi, après « Sortir du Déni face à la transformation », nous verrons dans un prochain billet : Digital learning : Sur quoi faut-il résister ?


 

A suivre dans un prochain billet : Digital learning : Sur quoi faut-il résister (4) ?

Voir les autres billets de la série :

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